Il y a quelque chose de troublant à sortir une Miyoo Mini Plus de sa boîte quand on a grandi avec une Game Boy dans la poche du blouson. Le format vertical, l’écran carré, le poids dans la paume : tout rappelle les récréations de collège et les trajets en 4L. Sauf qu’à l’intérieur, ce n’est plus une cartouche mais une petite carte microSD noire, sans marque, sans logo, sans rien.
Et c’est précisément par là que les ennuis commencent. Les premiers messages sur les forums francophones ne parlent presque jamais de l’écran ou de l’autonomie : ils parlent de sauvegardes disparues. Voici ce qu’il faut faire dans l’ordre, dès le déballage, pour que la console tienne des années au lieu de quelques semaines.
- La carte fournie n’est pas une vraie carte mémoire
- FAT32 : ce que Windows ne vous explique pas
- Installer Onion OS sans se tromper d’étape
- Les raccourcis d’Onion OS : la liste vérifiée
- Où l’acheter en France, en Belgique et en Suisse
- Vos cartouches, vos jeux : ce que dit le droit français
- Ce qu’il faut retenir
La carte fournie n’est pas une vraie carte mémoire
Une carte microSD correcte, ce n’est pas seulement de la mémoire flash. C’est aussi un petit contrôleur qui répartit l’usure entre les cellules, corrige les erreurs et met de côté les blocs fatigués. C’est ce contrôleur qui coûte cher, et c’est exactement ce qu’on sacrifie sur une carte livrée « gratuitement » avec une console à 70 euros.
Le scénario rapporté sur les forums est presque toujours le même. La carte fonctionne parfaitement pendant deux semaines. Puis un jour, la console reste bloquée au démarrage, ou bien le PC ne la reconnaît plus, ou bien elle se monte mais les fichiers de sauvegarde sont devenus illisibles. Ce n’est pas de la malchance : c’est la fin de vie normale d’une mémoire de récupération sur laquelle on écrit plusieurs fois par heure, parce que la sauvegarde instantanée (savestate) écrit énormément.
Le témoignage revient tellement souvent qu’il en devient banal. Une quinzaine d’heures sur un RPG, une sauvegarde automatique au moment d’éteindre la console, et le lendemain plus rien : fichier corrompu, partie perdue. Ne comptez pas sur un outil de récupération : dans ce cas de figure, les fichiers de sauvegarde sont rarement récupérables.
Considérez la carte fournie comme un consommable de démonstration. Elle sert à vérifier que la console s’allume. Elle ne sert pas à y stocker vos parties.
Ce qu’il faut regarder au moment d’acheter
Inutile de viser le haut de gamme : la Miyoo Mini Plus ne lit pas assez vite pour en profiter. Une carte de marque, correctement classée, suffit largement. Ce sont les inscriptions sur la carte qui comptent.
| Inscription sur la carte | Ce que cela signifie | Utile pour la Miyoo ? |
|---|---|---|
| SanDisk, Samsung, Kioxia (Toshiba) | Fabricant qui produit lui-même sa mémoire | Oui, c’est le critère principal |
| Class 10 / U1 | Débit soutenu minimal en écriture | Oui, amplement suffisant |
| A1 (parfois A2) | Performance sur les petits fichiers | Utile ; A2 n’apporte rien ici |
| 64 ou 128 Go | Capacité | Le bon compromis prix / place |
| 512 Go ou 1 To à prix cassé | Presque toujours une contrefaçon | Non, à fuir |
Une carte de 64 ou 128 Go d’un fabricant connu se trouve entre une dizaine et une vingtaine d’euros. C’est le meilleur investissement que vous ferez sur cette console. Prévoyez aussi un lecteur de cartes correct : les lecteurs intégrés aux ordinateurs portables sont souvent lents et capricieux.
FAT32 : ce que Windows ne vous explique pas
Onion OS et l’installateur de la console attendent une carte formatée en FAT32, et c’est là que beaucoup de gens abandonnent, parce que Windows ne propose tout simplement pas cette option.
La vraie limite, et l’idée fausse qui circule
On lit souvent que Windows « transforme automatiquement la carte en exFAT ». C’est inexact, et cette formulation entretient la confusion. Voici ce qui se passe réellement : au-delà de 32 Go, l’interface de formatage de Windows (clic droit sur le lecteur, ou la Gestion des disques) ne propose plus FAT32 dans la liste déroulante. Il ne reste que NTFS et exFAT. Dans les versions grand public actuelles de Windows, la commande de formatage intégrée refuse elle aussi l’opération ; un assouplissement est en cours de test dans le canal Insider, mais il n’est pas encore déployé.
Ce n’est pas une limite du système de fichiers lui-même : FAT32 sait gérer des volumes bien plus grands. C’est une limite volontaire de l’utilitaire de Microsoft. La carte n’est donc pas « convertie » : elle n’est jamais formatée en FAT32, et la console se retrouve devant un format qu’elle ne sait pas exploiter pour l’installation.
Les outils qui font le travail
- Rufus — c’est l’outil que retient la documentation d’installation d’Onion. Plus connu pour les clés USB bootables, il formate parfaitement une carte microSD : choisissez « Non démarrable », un schéma de partition MBR, puis le système de fichiers Large FAT32.
- Onion Desktop Tools — un utilitaire Windows développé dans l’entourage du projet Onion, qui enchaîne le formatage de la carte, le téléchargement et l’installation. Si l’idée de manipuler un outil de formatage vous met mal à l’aise, c’est la voie la plus courte.
- guiformat (fat32format) — longtemps la référence dans la communauté, et c’est encore ce que recommandent la plupart des tutoriels francophones. Le projet Onion le déconseille pourtant aujourd’hui : des erreurs de système de fichiers ont été rapportées de façon répétée sur les cartes de plus de 128 Go. Autant s’en tenir aux deux outils précédents.
- macOS — l’Utilitaire de disque, avec le format « MS-DOS (FAT) » et un schéma de partition MBR.
- Linux — mkfs.vfat en ligne de commande, ou GParted en interface graphique.
Un point auquel on ne pense pas : formatez la carte entière, pas une partition résiduelle. Une carte revenue d’un Raspberry Pi ou d’un appareil photo traîne souvent plusieurs partitions invisibles sous Windows. Supprimez-les avant de reformater.
Installer Onion OS sans se tromper d’étape
Une précision s’impose avant de commencer, parce que le mot « firmware » revient partout à ce sujet : Onion OS n’en est pas un. Le projet le dit lui-même dans sa foire aux questions officielle — Onion ne modifie pas le firmware de la console. Le démarrage de la machine ne change pas ; c’est le firmware d’origine, intact, qui va simplement chercher Onion sur la carte microSD. Ce qu’Onion remplace, c’est l’interface : un menu lisible, une gestion propre des sauvegardes et une bibliothèque d’émulateurs préconfigurés. La conséquence pratique est agréable : il n’y a rien à flasher, donc aucun risque de transformer la console en presse-papier, et l’opération est entièrement réversible — on garde la carte d’origine dans un tiroir et on revient en arrière en la réinsérant.
Étape 1 — Vérifier la version du firmware de la console
Avant toute chose, allumez la console telle qu’elle est arrivée et allez voir Settings puis Device Info (informations sur l’appareil) pour relever la version. La documentation officielle du projet indique un niveau minimal de firmware, et précise que la Miyoo Mini Plus exige une version d’Onion suffisamment récente : les versions anciennes ne connaissent pas ce matériel. Prenez toujours la dernière version stable publiée.
Étape 2 — Copier l’archive à la racine de la carte
Téléchargez l’archive depuis la page des releases du dépôt officiel OnionUI sur GitHub — c’est la seule source à utiliser. Décompressez-la, puis copiez tout le contenu obtenu à la racine de la carte formatée en FAT32.
Le piège classique est là : l’archive contient des dossiers dont le nom commence par un point, notamment .tmp_update, qui sont masqués par défaut. Activez l’affichage des éléments cachés dans votre explorateur de fichiers et vérifiez qu’ils ont bien été copiés. Sans eux, la console démarrera comme si de rien n’était et vous chercherez longtemps pourquoi.
Autre piège, propre à macOS : le système sème des fichiers techniques commençant par un point et un tiret bas. Onion propose d’ailleurs un outil de nettoyage dédié dans ses réglages une fois installé.
Étape 3 — Premier démarrage
Insérez la carte dans la fente située sous la console, puis maintenez le bouton d’alimentation. Le logo Onion apparaît, suivi d’une barre de progression. L’installation dure quelques minutes. Ne touchez à rien, ne débranchez rien, et faites-la de préférence sur une batterie chargée ou avec le câble USB-C connecté. Une coupure au milieu de cette étape vous obligera à tout reprendre depuis le formatage.
Étape 4 — Mettre le système en français (ou assumer l’anglais)
Soyons précis, car beaucoup de guides recopient des chemins de menus erronés. Le réglage de langue ne se trouve pas dans un hypothétique menu « Apps → Language » : il vit dans l’onglet Settings (paramètres) de l’interface principale, aux côtés des informations sur l’appareil.
Onion s’appuie sur des fichiers de traduction fournis par la communauté, ajoutés et mis à jour version après version — les notes de publication du projet mentionnent régulièrement l’arrivée ou la correction de nouvelles langues. La conséquence est simple : la liste des langues disponibles dépend de la version que vous installez. Ouvrez le menu et regardez si « Français » y figure.
Si c’est le cas, tant mieux. Si la langue est absente, ou si la traduction vous paraît partielle (certains menus restent en anglais parce que la traduction n’a pas suivi les dernières fonctions ajoutées), restez en anglais sans état d’âme. Le vocabulaire de l’interface se résume à une poignée de mots — Settings, Save, Load, Brightness, Apps — et une interface entièrement cohérente en anglais est plus confortable qu’une interface à moitié traduite. C’est d’ailleurs le choix que font la plupart des utilisateurs francophones expérimentés.
Les raccourcis d’Onion OS : la liste vérifiée
Attention ici. Un grand nombre de tutoriels — y compris des articles très partagés — donnent des combinaisons fausses, généralement recopiées d’une source à l’autre sans vérification. Les combinaisons ci-dessous correspondent à la documentation officielle du projet Onion. Le bouton central de la console, celui que Miyoo appelle FUNCTION, est désigné par MENU.
| Combinaison | Action | Quand |
|---|---|---|
| MENU + R2 | Sauvegarde instantanée (savestate) | En jeu |
| MENU + L2 | Chargement de la sauvegarde instantanée | En jeu |
| MENU + gauche / droite | Choisir l’emplacement de sauvegarde | En jeu |
| MENU + SELECT | Ouvrir le menu rapide de RetroArch | En jeu |
| MENU + START | Changer le format d’affichage | En jeu |
| MENU + R | Avance rapide | En jeu |
| MENU + L | Rembobinage (Rewind), si disponible | En jeu |
| MENU + X | Afficher le compteur d’images par seconde | En jeu |
| MENU + volume | Régler la luminosité | Toujours |
| MENU + POWER | Capture d’écran | Toujours |
| START + L2 / R2 | Amplifier le volume au-delà du maximum | Toujours |
| POWER maintenu | Sauvegarder puis éteindre | Toujours |
Retenez surtout la paire R2 pour sauvegarder, L2 pour charger. C’est le seul endroit où une erreur coûte cher : appuyer sur L2 en croyant sauvegarder efface votre progression à l’écran. Si cela vous arrive, ne touchez plus à rien, ouvrez le menu de RetroArch avec MENU + SELECT et cherchez l’option d’annulation du chargement Undo Load State dans la section des sauvegardes.
Le Game Switcher, ou la vraie révolution d’usage
Une pression courte sur MENU pendant une partie enregistre automatiquement l’état du jeu et vous ramène à une liste de vignettes : vos dernières parties, chacune figée sur l’image exacte où vous l’aviez laissée. Vous choisissez un autre jeu, vous y jouez, vous revenez, et vous reprenez à la seconde près.
C’est ce qui distingue le plus nettement cette console d’une Game Boy. À l’époque, quitter un jeu voulait dire éteindre la console et prier pour que la pile de sauvegarde de la cartouche tienne le coup. Ici, on interrompt une partie de RPG au milieu d’un combat pour cinq minutes de jeu de plateforme dans le métro, et rien n’est perdu. Le comportement des pressions courte, longue et double sur MENU se personnalise dans l’application Tweaks, si vous préférez qu’une pression courte quitte directement vers le menu.
Où l’acheter en France, en Belgique et en Suisse
La Miyoo Mini Plus est fabriquée en Chine et ne dispose pas d’un réseau de distribution européen classique. Il n’y a pas de rayon Miyoo à la Fnac. Concrètement, quatre canaux se partagent le marché francophone, chacun avec ses défauts.
| Canal | Ce qu’on y trouve | Ordre de prix indicatif | Le point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Amazon.fr | Console neuve, cartes microSD, housses | environ 70 à 100 € | Vendeurs tiers : vérifier qui expédie |
| AliExpress | Neuf, expédié de Chine | environ 55 à 85 € | Délais longs, service après-vente lointain |
| Leboncoin | Occasion, parfois déjà sous Onion OS | environ 45 à 80 € | État de la batterie, carte d’origine encore dedans |
| Rakuten France | Neuf et reconditionné, place de marché | environ 70 à 100 € | Réputation du vendeur, conditions de retour |
Prix relevés à titre indicatif le 17/08/2026 ; ils bougent vite selon les promotions et le coloris. Vérifiez toujours le prix du jour avant d’acheter.
Sur l’import, deux points à connaître : depuis la suppression de la franchise de TVA sur les petits envois, la taxe s’applique dès le premier euro, et depuis le 1er juillet 2026 la franchise de droits de douane sur les colis jusqu’à 150 € a disparu au profit d’un forfait de 3 € par position tarifaire déclarée. Les grandes plateformes collectent en général ces montants directement au moment du paiement, ce qui évite les mauvaises surprises à la livraison — mais assurez-vous que le prix affiché est bien toutes taxes comprises avant de valider. En Suisse, hors Union européenne, les règles diffèrent et un achat auprès d’un revendeur local évite souvent des tracas.
Le canal le plus intéressant reste toutefois Leboncoin, et pour une raison qui tient à la nature même de cette console : beaucoup d’acheteurs la revendent après quelques mois, souvent avec une carte de qualité déjà installée et configurée. On y croise aussi des annonces de brocantes et de vide-greniers numérisés, exactement le même terrain de chasse que pour les vraies cartouches Game Boy. Demandez systématiquement l’autonomie constatée et une photo de la console allumée.
Vos cartouches, vos jeux : ce que dit le droit français
Une console d’émulation ne vient avec aucun jeu. La question se pose donc immédiatement, et elle mérite mieux qu’un haussement d’épaules.
Le principe de départ de ce guide est simple : vous possédez vos propres cartouches et vous en réalisez vous-même la copie, à l’aide d’un lecteur de cartouches. Aucun site de distribution de jeux ne sera cité ici, ni nommé, ni décrit.
Le code de la propriété intellectuelle prévoit, à l’article L.122-5, une exception dite de copie privée : l’auteur ne peut interdire les copies strictement réservées à l’usage privé du copiste. Deux limites importantes encadrent cette exception. D’abord, la jurisprudence et la doctrine retiennent que la source de la copie doit avoir été acquise licitement : télécharger un jeu depuis un site de partage ne relève pas de la copie privée, quel que soit le nombre d’exemplaires que vous possédez par ailleurs dans votre salon. Ensuite, l’article L.331-5 protège les mesures techniques de protection, et le contournement d’un tel dispositif reste une question juridique délicate qui a sa propre logique.
S’y ajoute le fait que les jeux vidéo relèvent d’un régime particulier en droit français, à mi-chemin entre l’œuvre logicielle et l’œuvre multimédia, ce qui rend les raisonnements par analogie avec la musique ou le cinéma peu fiables. L’autorité compétente en matière de diffusion illicite d’œuvres protégées est aujourd’hui l’Arcom, née de la fusion de la Hadopi et du CSA.
Ces éléments constituent une information générale et ne sont pas un conseil juridique. Ils ne valident aucune pratique en particulier. Pour une situation précise, adressez-vous à un professionnel du droit.
Ce qu’il faut retenir
- Rangez la carte microSD fournie dès le déballage : elle n’a pas de contrôleur d’usure digne de ce nom et vous coûtera une partie sauvegardée.
- Remplacez-la par une carte SanDisk, Samsung ou Kioxia de 64 ou 128 Go, en Class 10 / U1, idéalement A1.
- Windows ne propose pas FAT32 au-delà de 32 Go : passez par Rufus, Onion Desktop Tools ou l’équivalent sur macOS et Linux — le projet Onion déconseille désormais guiformat. La carte n’est pas convertie en exFAT, elle n’est simplement jamais formatée correctement.
- Copiez l’intégralité de l’archive Onion à la racine, dossiers masqués compris, en particulier .tmp_update.
- Le réglage de langue se trouve dans Settings, et la disponibilité du français dépend de la version installée. Rester en anglais est une option parfaitement raisonnable.
- Les raccourcis utiles au quotidien : MENU + R2 pour sauvegarder, MENU + L2 pour charger, MENU seul pour le Game Switcher.
Une heure de préparation, et la console cesse d’être un gadget capricieux pour devenir ce qu’elle prétend être : une Game Boy qui aurait grandi, avec vos jeux dedans et vos sauvegardes en sécurité.


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